À l'Octobre, les brasseries artisanales se réinventent

 Face à la pression, les brasseries artisanales se réinventent à l’Octobière

Les Halles de la Cartoucherie ont accueilli, samedi 18 octobre 2025, la 10e édition de l’Octobière, dans un contexte où concurrence et hausse des coûts poussent les brasseries à redoubler d’imagination.

 

Sous le toit de la Cabane, c’est la foule des grands jours. Dans la salle de spectacle des Halles de la Cartoucherie, de nombreux arômes chatouillent palais et narines. L’établissement reçoit ce samedi 18 octobre le grand final de l’Octobière. Un événement qui reflète une tendance de fond dans le monde de la bière craft, où la créativité est devenue synonyme de survie au cœur d’un marché saturé. Dès l’ouverture, à 14 heures, passionnés et curieux se pressent à l’entrée du festival toulousain. Au programme, ateliers découverte et dégustations. « On accueille 31 brasseries », explique Morgan Vacherand, président de l’événement depuis cinq ans. « Chacune propose au moins deux bières, en 12 ou 25 centilitres. L’objectif est de faire découvrir d’autres saveurs en sortant des classiques blondes ou blanches. »

Un secteur en ébullition

Ces dernières années, le monde des brasseries artisanales en France a connu une forte croissance. En un peu plus de dix ans, le nombre d’établissements est passé de 500 à plus de 2 500, selon le Syndicat des Brasseurs de France. Après le Covid, la situation a commencé à se tendre. « Il y a eu beaucoup d’ouvertures, mais pour chacune, une fermeture », raconte Morgan. « C’est un métier passion, certains gagnent à peine le Smic », ajoute l’organisateur. Valentin, fondateur de la brasserie Chubby Brewing dans les Yvelines, s’est lancé dans la bière il y a trois ans. Depuis, cet ostéopathe de formation jongle entre son cabinet en semaine et sa brasserie le week-end. « J’entre dans ma quatrième année et j’espère enfin réussir à dégager un peu de rentabilité », indique celui qui considère la bière « comme un art, à l’image de la cuisine. » Sur le stand voisin, Adrien a été contraint de fermer ses portes. En perte depuis trois ans, le patron de l’Oustal a choisi d’arrêter les frais. « On subit la hausse des matières premières de plein fouet depuis 2022 », déplore le Tarnais. Une augmentation responsable en 2024 de la fermeture de 250 brasseries en France, soit 10 % du marché.

Innover pour exister

Dans ce contexte, la clé, c’est « la créativité », explique Youri, brasseur à L’Aviateur depuis un an et demi. « On propose régulièrement des gammes éphémères. On joue sur les saisons, avec des bières plus fortes en hiver et plus légères en été », précise le jeune homme. Plus loin, chez Sabotage, ce n’est pas l’imagination qui manque. Bouillabaisse, roquefort ou encore cornichon, la brasserie s’aventure là où personne ne mettrait les pieds. « Et pourquoi pas ? », interroge Justin, le patron. Ce chimiste-alimentaire explique aimer « être à contre-courant et sortir de ses certitudes. » Sa formation lui permet de laisser parler son côté fantaisiste et son appétence pour le défi technique que représentent ses expériences. « J’arrêterai mon métier quand j’aurai tout compris », lance le Tarnais avant de retourner à ses clients.

Une expérience pour tous les goûts

De l’autre côté de la salle, Mathias, 25 ans, s’extasie sur une bière pistache-framboise proposée par Valentin. « J’ai l’impression de manger une pâtisserie », sourit-il. Avec son ami Malo, les deux hommes avouent ne pas être de « grands spécialistes de la bière », mais s’amusent des nombreux goûts proposés. « On découvre plein de trucs et on se régale », assure Malo, après une grimace arrachée par une gorgée de Mexican Lager, une mousse pimentée de chez Chubby Brewing. Un peu plus loin, Damien discute avec deux amis. Ce passionné du craft participe à l’Octobière pour la neuvième fois. « J’aime découvrir différents styles », explique le quadragénaire. « C’est rare que j’achète deux fois la même bière, je n’y vois pas d’intérêt », poursuit-il, soulignant ainsi l’importance pour les brasseries de renouveler leurs produits. 

Un design à ne pas manquer

Si le goût est un facteur essentiel, l’identité visuelle est également devenue un argument de vente. Fondateur de la brasserie Game Over, Romain s’inspire de son enfance pour le design de ses canettes. « J’utilise la pop culture pour raconter une histoire », explique-t-il. « Avec l’IA, je peux créer des designs que mon graphiste intègre sur le produit. » Un pari réussi : étiquettes colorées et personnages de jeux vidéo attirent le regard des passants. « J’adore l’idée, c’est assez inattendu sur une canette de bière », lance Mathias. Sur le stand voisin, changement d’atmosphère. Exit les aliens et les monstres pour une ambiance plus relaxante, avec des canettes aux allures d’huiles essentielles. Mathieu s’est lancé il y a un peu plus d’un an dans la Weitam brasserie. Une approche plus zen, qui reflète les différentes conceptions du craft. Chacun défend sa vision du métier et raconte une histoire, dans un univers en effervescence où il faut désormais autant brasser la bière que l’audace.

 

Hugo Jannière

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