À Sciences Po Toulouse, les masters face aux attente des étudiants
À Sciences Po Toulouse, les masters face aux attentes des étudiants
Après un cursus de trois ans, les étudiants de Sciences Po Toulouse sont invités à choisir un parcours de spécialisation, parmi les douze proposés par l’établissement. Face à un système spécifique, les attentes des étudiants se retrouvent parfois bousculées.
À Toulouse, le 19 novembre 2025
“Pour l’instant, ça ne répond pas à mes attentes”, regrette Auréanne. Cette étudiante de 21 ans est arrivée à Toulouse à la rentrée 2025 pour intégrer Sciences Po en master. La jeune femme fait partie des personnes qui ont rejoint l’établissement en quatrième année. Ce n’est pas le cas de la plupart des étudiants, qui arrivent dans l’école à la sortie du lycée avant de choisir une spécialisation, après un premier cycle de trois ans. Inscrite au sein du parcours ISI (Innovation sociale et inclusion), elle ne cache pas son désarroi : “Je m’attendais à être épanouie intellectuellement parlant, c’est vrai que j’ai été déçue.” Avant d’ajouter : “Certains cours sont totalement déconnectés de mon master.” Une observation partagée par plusieurs étudiants.
Le tronc commun de la discorde
Certains enseignements créent parfois une frustration. “Ils râlent souvent sur les cours de tronc commun, qu’ils trouvent décalés”, atteste Catherine Baron, directrice du master DSI (Développement et solidarité internationale). Le fonctionnement de Sciences Po Toulouse, à l’origine sur trois ans, est passé entre 2005 et 2007 à un cursus de cinq ans. Mais le système n’a pas changé : à la fin du parcours, tous les élèves bénéficient du même diplôme, justifiant des cours communs à chaque promotion.
“Ça nous met en colère qu’on nous propose des cours en totale contradiction avec les enseignements du master”, peste Maëlle, étudiante de quatrième année en parcours TERS (Transition écologique, risques, santé). Cette situation fait pourtant partie des objectifs de l’école. “La finalité, c’est de leur apprendre à construire un regard critique, qui n’est pas binaire avec des gentils et des méchants”, explique Madame Baron, “C’est ça la pluralité.” Un point de vue que partage Paul, étudiant de cinquième année en CEAP (Conseil et expertise en action publique) : “Le prof de finance ne va pas apporter le même regard que le prof de droit ou d’histoire. Ça m’a vraiment apporté une ouverture d’esprit.”
Une logistique parfois mise à mal
Ce décalage au niveau du tronc commun n’est pas la seule source de frustration. Quelques masters souffrent parfois de suppressions de cours, qui ne sont pas toujours comprises par les étudiants. “Il y en a plein qui sont annulés”, déplore Auréanne. “Ils ne sont pas toujours recalés, on se retrouve seul et on travaille seul”, ajoute Lucie*, étudiante en DSI. Une situation qui s’explique par le fonctionnement de l’école. En effet, Sciences Po Toulouse propose presque 400 intervenants vacataires pour seulement 40 professeurs titulaires. Un système qui permet un enseignement de meilleure qualité, mais qui rend l’organisation plus difficile.
“On fait appel à des professionnels et personnalités pointus et reconnus”, explique Adrien Pénéranda, directeur adjoint de l’établissement. “Ce niveau d’expertise et d’exigence fait que ces intervenants sont beaucoup plus sollicités et nous posent plus souvent des lapins”, poursuit-il. Malgré ça, les élèves se sentent globalement bien épaulés. “On a des profs qui sont très impliqués, il y a un réel soutien”, raconte François, étudiant de quatrième année du parcours Carrières administratives. “On a beaucoup de contact avec notre directeur de master, elle est hyper présente”, affirme Maëlle de son côté. “On peut lui envoyer des mails et elle nous répond très facilement”, ajoute-t-elle.
Le défi de l’insertion professionnelle
Si la relation avec les enseignants est appréciée par les étudiants, ces derniers regrettent parfois un manque de soutien dans la recherche de stages. “On n’est pas vraiment accompagné”, constate François. Une situation qui s’explique par un manque d’effectif. “On a une seule personne qui s’en occupe, pour environ 800 signatures de stages par an”, explique Adrien Pénéranda. Ces expériences sont essentielles pour l’insertion professionnelle des étudiants. Une perspective qui est source d’inquiétude pour certains. C’est notamment le cas de Lucie*, qui a “la sensation qu’il va falloir faire des formations supplémentaires pour entrer dans le monde du travail.”
Un sentiment partagé par François, qui vise le concours de l’INSP : “Au niveau des possibilités d’avenir, c’est plus compliqué (...) je vais sûrement devoir faire un an de prépa en plus ou laisser tomber les concours et entrer comme contractuel dans la fonction publique.” Si le futur peut paraître incertain aux yeux des étudiants entamant le second cycle, ceux de cinquième année relativisent la situation. “Il faut faire des stages en plus. Seulement les cours, ça ne suffit pas”, assure Lourenço, qui termine son parcours en GRI (Gouvernance des relations internationales). “Mais avec les cours et les stages, je pense qu'on est bien préparé”, complète le jeune homme. À ceux craignant une formation trop généraliste et pas assez professionnalisante, Paul se veut rassurant : “Le M2 rend les choses plus concrètes. Tu te rends compte que tu as des compétences et que tu peux les appliquer derrière.”
Hugo Jannière et Dimitri Gaumet
*Le prénom a été modifié par souci d’anonymat.
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