Football : Faut-il interdire les déplacements de supporters ?
Interdire les déplacements de supporters : la solution de facilité ?
À la suite du décès d'un supporter nantais en marge du match entre Nantes et Nice samedi 2 décembre, la ministre des Sports Amélie Oudéa-Castéra veut interdire les déplacements de supporters dans les matchs classés "à risque". Une mesure radicale, qui permet à l'État de se dédouaner sans pour autant avoir la garantie de régler ce problème qui gangrène nos stades.
"À situation radicale, mesure radicale". Ce sont les mots de la ministre des Sports lundi sur France-Inter qui veut une "réponse globale" face aux violences autour du football. Selon RMC Sport, cette mesure radicale devrait être l'interdiction de déplacement des supporters dans les matchs jugés "à risque", a minima jusqu'au 18 décembre prochain et la réunion de l'instance nationale du supportérisme. Une décision qui ne permet toujours pas de s'attaquer au fond du problème.
L'État se dédouane
Le caillassage du bus lyonnais par des supporters marseillais le 29 octobre dernier a mis le feu aux poudres. Le décès d'un supporter nantais ce samedi a permis à l'État de tirer à boulets rouges sur les fans. Ce tragique accident a choqué le monde du football français. Et mis en alerte maximale ses instances. Une réaction est attendue, dans un premier temps avec l'interdiction des déplacements de supporters lors des matchs à risque, avant une réunion de l'instance nationale du supportérisme le 18 décembre pour choisir quelle direction prendre. Une mesure qui dédouane l'État de toute responsabilité, au lieu de remettre en question un dispositif défaillant par un gouvernement qui ne cherche pas à dialoguer avec les supporters. Ce drame, inadmissible, ne devrait pas permettre de ranger tous les fans de football dans le même panier. Celui qui regroupe toutes les horreurs de la société, à la fois misogyne, raciste, sexiste et violent.
Un monde peu représentatif de la réalité, où seule une poignée d'individus, malheureusement très bruyants, sont véritablement source de problèmes. Un monde qui n'est pas visible qu'en France, mais bien partout sur la planète, contrairement à certaines affirmations. Un monde que le gouvernement peine à contrôler, avec des arrêtés préfectoraux que l'État n'arrive pas à faire respecter, comme le montre le drame à Nantes. Les Niçois, pourtant interdits de circuler autour de la Beaujoire, se sont retrouvés sans protection policière devant le QG des supporters des canaris. Une situation qui ne justifie rien, mais qui montre l'incapacité du gouvernement à gérer ces cas. Taper sur la masse n'est pas une solution, le problème est bien plus profond. Mais les politiques préfèrent se défausser sur les supporters et les incomber de tous les maux du football. Inquiétant à quelques mois des Jeux Olympiques.
Aucune garantie de régler ces problèmes
Car les arrêtés préfectoraux sont pourtant fréquents. Chaque week-end, nombreux sont publiés quelques jours voire quelques heures avant les matchs, combattus par l'association nationale des supporters qui les juges liberticides. Cette manière de fonctionner du gouvernement, d'interdire les déplacements pour tout et n'importe quoi, ne permet pas d'apaiser les tensions entre supporters et instances du football. Loin de calmer les choses, ces arrêtés renforcent le sentiment d'injustice des supporters et ajoutent de l'huile sur le feu. Le risque de ces interdictions répétées est de consolider cette impression, et d'entraîner des déplacements de supporters qui viendraient manifester contre ces mesures. Le tout sans dispositif particulier pour les encadrer. Un modèle de gestion des foules à revoir, comme l'ont prouvé la finale de la Ligue des Champions 2021 ou les débordements, plus récents, en marge du match entre Marseille et Lyon. Le monde du football, déjà assez souvent critiqué pour les dérives de ses supporters parfois racistes, homophobes ou misogynes, n'a pas besoin d'une recrudescence de la violence mais d'un cadre solide pour gérer les fans et limiter les incidents. La responsabilité incombe autant aux supporters de se comporter correctement qu'au gouvernement de les encadrer. La confiance entre les deux parties, indispensable, doit passer par un retour au dialogue. Mais n'en prend malheureusement pas le chemin...
Hugo Jannière

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