Felix Gall au septième ciel, Pogacar six pieds sous Terre (Tour de France)

 Felix Gall remporte l'étape reine

À Courchevel, après avoir dû gravir le terrible Col de la Loze, Felix Gall remporte la 17ème étape et signe sa 1ère victoire sur le Tour. Derrière, Pogacar a complètement craqué.

L'étape reine porte bien son nom

    165,7 km au programme pour les coureurs ce mercredi 19 juillet entre Saint-Gervais Mont-Blanc et Courchevel, avec au programme 4 ascensions. Le Col des Saisies en apéritif pour bien commencer la journée, le long et dur Cormet de Roselend en plat principal, la Côte de Longefoy en guise de digestif avant de s'attaquer à un dessert plus que copieux, avec le Col de la Loze et ses 28 km de longs et des pentes terribles à plus de 20% par endroits. À cela vous ajoutez les 400 derniers mètres sur l'altiport de Courchevel à plus de 18%, et vous obtenez 5000 mètres de dénivelé et l'étape reine de ce Tour de France 2023. Une étape terrible, qui a fait des écarts monstrueux, et où on a vu les coureurs arriver un par un, zigzaguants même pour certains dans les terribles pentes de l'altiport de Courchevel, déjà émoussés par les différentes ascensions et plus particulièrement la dernière, le Col de la Loze. Au programme pour la 2ème fois après 2020, ce col, qui part de Brides-les-Bains à 600 mètres d'altitude, emmène les coureurs au coeur du domaine skiable des 3 Vallées, à 2300 mètres. Passé Méribel, l'enfer commence avec une pente irrégulière et une route étroite qui slalom dans la montagne. Les 5 derniers kilomètres, à plus de 10% de moyenne, sont les plus durs avec des ruptures de pentes impressionnantes et des passages allant jusqu'à 24%. Après l'arrivée, Thibaut Pinot (Groupama-FDJ) a déclaré "cette étape, je la mets dans le top 5 des plus difficiles dans ma carrière." Preuve, s'il en fallait une, de la difficulté de l'étape du jour.







Felix remporte l'étape reine du Tour 2023 (Crédit Photo : @LeTour)

Gall, la tête dans les étoiles

    Au milieu de ce chantier, un homme a émergé à Courchevel, en haut de l'altiport. Felix Gall (AG2R Citroën), 25 ans, bouche grande ouverte et regard déterminé, se retournait pour jauger l'écart avec son plus proche poursuivant, Simon Yates (Jayco-AlUla). Quand il l'a vu surgir au pied de l'altiport alors que lui était déjà à mi-chemin, l'Autrichien a pu souffler, se concentrant sur ses dernières forces à jeter dans la bataille. À peine capable de lever les bras, Gall avait du mal à y croire à l'arrivée. "Je ne sais pas quoi dire, c'est incroyable. Toute cette année a été incroyable et être aussi bon sur le Tour, en remportant l'étape reine." a-t-il déclaré. "Je voudrais juste remercier mon équipe, qui me donne tant.", a ajouté l'Autrichien. Car il est vrai, pour s'imposer aujourd'hui, Gall a pu compter sur le soutien des siens. Sorti dans un groupe de costauds de 34 coureurs à plus de 100 km de l'arrivée, dans le Cormet de Roselend, le nouveau 8ème du général pouvait compter sur 2 équipiers, Nans Peters et Ben O'Connor. Ceux-ci ont pris les choses en main dans le groupe de tête, se sacrifiant pour leur leader, Peters d'abord, O'Connor ensuite dans la Loze, permettant de maintenir un écart confortable avec les leaders d'environ 2'45". Et c'est à 6,4 km du sommet que l'Autrichien a accéléré, laissant sur place Majka (UAE), Simon Yates et son équipier Harper, prenant vite une trentaine de secondes d'avance. S'en est suivi un superbe mano-à-mano entre l'Australien et Gall, le premier reprenant quelques secondes avant que l'écart ne se stabilise aux alentours des 20. Après une descente périlleuse et la dernière rampe vers l'altiport, Felix Gall a pu savourer sa victoire, 34" devant Yates et 1'38" devant Bilbao (Bahrain Victorious). Au classement général, l'Autrichien remonte de la 10ème à la 8ème place, lui qui avait perdu plus de 6' en début de Tour, et qui a finalement dû suppléer son leader Ben O'Connor, défaillant sur cette édition. Finalement, avec une victoire d'étape et un probable top 10, Felix Gall s'avance comme l'un des hommes forts de ce Tour de France, et qui sait ce qu'il aurait pu faire avec les pleins pouvoirs dès le départ à Bilbao. L'Autrichien pourrait même encore se fixer un dernier objectif, avec le maillot à pois, lui qui est revenu à 6 petits points de Ciccone (Lidl-Trek) avant la dernière bagarre en Alsace, prévue samedi.







Pogacar réconforté par Soler après la ligne (Crédit Photo : @TeamEmiratesUAE)

La défaillance terrible de Pogacar

    Après avoir concédé 1'38" hier sur Vingegaard (Jumbo-Visma) et pris un coup sur la tête, Pogacar (UAE Team Emirates) s'est fait achevé aujourd'hui. On attendait, sans trop d'optimisme au vu du niveau affiché par Vingegaard, mais avec impatience quand on connaît le Slovène, sa réaction. Il n'y en a finalement pas eu. Tombé en début d'étape, le maillot blanc a vécu une journée galère, peut-être sa pire journée sur un vélo. Alors qu'on pensait voir un feu d'artifice dès le début lancé par l'équipe UAE pour essayer de déstabiliser la Jumbo-Visma, nous n'aurons eu le droit qu'à des pétards mouillés. Majka et Soler en échappée, contrôlés par Kelderman et Benoot, et une stratégie qui semblait déjà mal embarquée. Livide, le regard dans le vague, maillot grand ouvert très tôt dans la Loze, Pogacar a craqué durant la traversée de Méribel, avant même les plus forts pourcentages. Alors qu'il restait 8 km pour rallier le sommet, le maillot blanc peinait à tenir la roue de son coéquipier Marc Soler. Dans le même temps, le maillot jaune ne tergiversait pas. Sepp Kuss en dernier relais, avant de tomber sur Benoot puis Kelderman, Vingegaard n'avait plus qu'à gérer sa montée. Sur un rythme impressionnant, on a même cru un temps que le Danois pouvait être en mesure de jouer la victoire d'étape, avant qu'une moto ne cale dans un virage et bloque le maillot jaune, donnant une nouvelle image peu reluisante pour l'organisation. Finalement, après avoir repris Gaudu et Bilbao, Vingegaard termine cette journée 4ème, à 1'52" du vainqueur. Derrière, loin derrière, Tadej Pogacar, en souffrance, toujours accompagné de Marc Soler, termine sa journée au côté de Warren Barguil (Arkea-Samsic), complètement abattu, dodelinant de la tête après la ligne, comme s'il n'arrivait pas à y croire. 22ème à 7'37", le Slovène perd 5'45" sur le maillot jaune et se retrouve à 7'35" au classement général, mettant fin à ses espoirs de ramener le maillot jaune à Paris pour la troisième fois. Accablé après l'arrivée, Pogacar avait du mal à se remettre de cette désillusion. "Je ne sais pas ce qu'il s'est passé. J'étais vidé en bas de la dernière ascension, j'ai beaucoup mangé mais ce n'est pas arrivé dans les jambes.", lâchait-il, incrédule. "Je suis extrêmement déçu. On va essayer de gagner une autre étape, pour moi ou pour un autre.", lançait tout de même le Slovène. On verra si ce dernier pourra se remobiliser avant samedi, jour de la dernière étape de montagne du Tour, qui promet d'être explosive en Alsace. Et en attendant, même si ce n'est pas la victoire attendue, le Slovène à tout de même un podium à conserver, qu'il pourrait partager avec son coéquipier Adam Yates, qui a maintenant 1'16" d'avance sur le 4ème, Carlos Rodriguez (INEOS).


Hugo Jannière


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